Partager l'article ! Marketing de soi: quel est votre métier ? (2/2): Je me suis efforcé, dans le blog de décembre, de mettre en évidence qu'il est ...
Je me suis efforcé, dans le blog de décembre, de mettre en
évidence qu'il est possible d’appliquer au marketing de soi une approche qui nous épargne de nous transformer nous-même en objet de marketing. En d'autres termes, qu'il y a d’autres voies
pour valoriser son expérience que de savoir se vendre.
L'évolution des entreprises depuis une trentaine d'années les conduit à encourager leurs salariés à renforcer leurs capacités à une adaptation de tous les instants, favorisant ainsi les compétences relationnelles et organisationnelles individuelles au détriment des cultures métiers antérieures, lesquelles plaçaient au centre de leurs systèmes de valeur les compétences techniques. Dans ces conditions, le marketing de soi n'est-il pas condamné à n'être qu'un discours dont l'unique référentiel serait la personne qui le tient? La littérature sur le sujet pourrait le faire penser. Mais nous allons voir que si les transformations des entreprises s'accompagnent d'une relative dissolution des sentiments d'appartenance à des groupes sociaux bien définis, corporatifs ou classes sociales, elles ne mettent pour autant pas un terme à la création de nouvelles cutures métiers. L'analyse nous montre que le sous le changement, le phénomène perdure .
Qu'est-ce qu'un métier?
Relevons quelques expressions courantes : avoir un métier, avoir du métier, être du métier. Nous constatons que métier désigne une activité: avoir un métier ; un savoir-faire : avoir du métier ; une appartenance à un groupe: être du métier. Remarquons également que métier, dans le sens d’activité, s'encastre dans celle-ci à des niveaux différents, telle une série de poupées russes: on dira du secteur de l’Industrie qu’il est un métier, pour le distinguer, par exemple, de celui de l’Agriculture, tout comme il est possible d'évoquer un métier particulier de l’Industrie (le métier de l’automobile), comme de l’agriculture (la culture du blé) et ainsi de suite à des échelles de plus en plus fines, au point que métier peut aussi s’entendre pour l’emploi d’une seule personne: perdre son métier, se retrouver sans emploi.
Pour des raisons de clarification, ces différents niveaux sont distingués dans les études qui sont consacrées aux métiers sous des termes différents : métier, emploi, poste de travail, etc. Ces segmentations sont utilisées en particulier pour l'élaboration des observatoires des métiers, dont l’accord du 8 novembre 2004 relatif à la Formation professionnelle tout au long de la vie a permis la généralisation dans les branches professionnelles. Ainsi, l’observatoire des métiers des Industries Chimiques définit un métier comme un «regroupement d’activités mettant en œuvre un ensemble de compétences, nécessaires à l’exercice d’un ou plusieurs emplois, ainsi qu’une culture et une identité propre à l’ensemble de ces emplois », et où « plusieurs postes/fonctions peuvent constituer un même emploi ». www.observatoireindustrieschimiques.com
L’emploi, quant à lui, est défini comme « un ensemble d’activités, supposé réalisable par une personne, un "professionnel", dans le cadre d’un poste de travail (…). L’emploi traduit l’agrégation de postes de travail suffisamment proches dans la mise en œuvre de techniques, d’outils et de méthodes pour être regroupés et analysés de façon globale (…). Les emplois ne correspondent pas systématiquement, obligatoirement et de manière univoque, au statut des agents qui les exercent. Il est tout à fait possible qu'un même emploi soit exercé par des agents appartenant à des corps ou des grades différents ou par des salariés contractuels». http://www.drhfpnc.gouv.nc/portal/page/portal/drh/carriere_metier/metiers
L’organisation des activités économiques en métiers est l’expression de la division du travail à un moment donné et une traduction des rapports qu’entretiennent entre eux les groupes sociaux qui concourent à cette division. Bien que les auteurs des observatoires des métiers tentent de stabiliser leurs définitions indépendamment des organisations ou des entreprises, pour précisément faciliter les mouvements des personnes et les échanges de compétences entre les acteurs économiques, les métiers ont la capacité d’échapper à cette volonté. Cette réalité est très clairement exprimée par l’Observatoire des Métiers des Télécommunications : « Le secteur des télécommunications évolue vite, et la vitesse de son évolution a rendu difficile une vision présente et une vision future des métiers. Ainsi, le présent traduit-il parfois déjà des germes d’évolution, qui vont, soit se renforcer, soit s’affaiblir avec le temps.)». www.metiers-telecoms.org
Nous pourrions penser que le noyau ultime du métier est la compétence. Mais Guy Le Boterf fait remarquer : « La question à laquelle il convient de répondre n’est pas de savoir définir ce qu’est une compétence mais de comprendre ce que signifie agir avec pertinence et compétence dans une situation donnée (…). Il s’agit donc de raisonner en termes de processus et non plus en termes de possession de ressources ; de porteurs de compétences et non plus en termes de compétences abstraites ; de combinatoires et non plus en termes d’additions ; de comportements en situation et non plus de qualités ou de traits de personnalité. » (Repenser la compétence - Eyrolles - 2010). Cette approche systémique met en évidence que le métier et la compétence sont d'une même nature: tous deux traduisent un savoir-faire mis en acte. Ils expriment l'intelligence de la situation par le professionnel.
Comme soulignés dans l'observatoire des Industries Chimiques, les métiers sont aussi porteurs de culture, c'est à dire de valeurs professionnelles. Selon les contextes, ces dernières font l’objet de formalisations plus ou moins abouties ou contraignantes. Le cas échéant, elles se manifestent à l'occasion de rituels, ou encore sont transcrites sous formes réglementaires: les médecins prononcent le serment d’Hippocrate ; dans d'anciennes versions, le code Soleil rassemblait «… sous une forme méthodique et pratique, tout ce qu’un maître (instituteur) a besoin de savoir sur sa fonction… » (éd.1948) et a disposé longtemps d’un chapitre consacré à la Morale Professionnelle ; les sociétés de conseil affiliées à Syntec s’engagent sur un code de déontologie, etc.
Le professionnel est ainsi le dépositaire de traditions et de codes écrits ou non, qui lui donnent son identité et qu’il actualise, transforme, recrée par son geste et insère de cette façon dans l’activité sociale, autant qu’il s’y insère. L’étymologie de métier illustre cette dimension anthropologique. Christine Mohrmann constate que mestier est issu de la convergence phonétique des termes latins ministerium et mysterium (Etudes sur le latin des chrétiens - Rome, 1961). Le C.N.R.T.L. (Centre National de Ressources textuelles et lexicales – CNRS) estime que mestier provient de ce que « ministerium et mysterium se sont confondus dans la personne du prêtre, serviteur [minister] de Dieu, qui renouvelle le mystère [mysterium] du Christ ». Ainsi, l'officiant est porteur d'un sens transmis qu'il incarne par son acte. La similitude avec le professionnel est frappante. Dire d'un professionnel qu'il a du métier, c'est bien souligner l'équivallence entre la maîtrise du savoir-faire et l'identité de la personne.
Marketing de soi et expression de son métier : les 4 C du marketing de soi
En raison des évolutions des organisations et des technologies déjà soulignées, qui conduisent à un renouvellement et à une création incessante de métiers, ces derniers deviennent sans doute moins facilement identifiables. Ceci est vrai quelque soit la maille avec laquelle est défini le métier. Ainsi, réféchisssant à la stratégie des entreprises, Gérard Garibaldi rapporte qu'« On est toujours surpris de la difficulté rencontrée par nombre de cadres (…) voire des Dirigeants, pour définir parfaitement le métier de l’Entreprise. Trop souvent on rencontre des membres appartenant à un même comité de direction n’ayant aucune compréhension commune du métier exercé par leur Entreprise ». (L’analyse stratégique - Editions d’Organisation. 2005). J'observe dans ma pratique de coach qu'il en va de même lorsqu’il s’agit de demander à un cadre, voire un cadre dirigeant, de définir son propre métier. La question demande même souvent à être explicitée. Outre qu'identifier ses savoir-faire, se déplacer du champ de l'action à celui de sa mise en prespective, en dégager les logiques, les replacer dans un ensemble cohérent n'est en rien aisé, la disparité des situations et des terminologies (par exemple, qu'est-ce qu'un chef de projet?) ajoute à la confusion.
C'est le moment de revenir à une idée présentée dans la première partie de cet article publié en décembre, à savoir considérer le marketing de soi comme une branche particulière du marketing et non sous le seul aspect de la communication. Le marketing de soi repose sur un questionnement semblable à celui du positionnement pour le marketing stratégique. Le concept de positionnement a donné lieu à de très nombreux développements. il est possible de le définir comme l'ensemble des rapports que l'entreprise entretient avec la concurrence sur le marché, notamment dans la capacité dont elle dispose de mobiliser ses ressources, de se donner une identité et de trouver un angle d'attaque du marché. Il en va tout autant pour l'individu. Le marché est dans ce cas celui du travail; la mobilisation des ressources est celle de la mise en valeur de l'expérience et des réseaux; l' identité, celle du professionnel, au sens où nous avons vu que l'identité du professionnel exprime quelque chose de son intelligence de la situation.
Quatre questions vont permettre d'élaborer le positionnement du professionnel et définir les liens qu'il entretient avec le marché. Tout d'abord, celle relative à sa Crédibilité profesionnelle. Quels sont les faits ou les réalisations dont le professionnel peut se prévaloir, les savoir-faire dont il peut démontrer la maîtrise, et ainsi sa crédibilité? Il est utile à ce propos de distinguer la crédibilité de la légitimité. Bien que ces deux notions entretienennt des relations étroites, la crédibilité s'enracine dans la capacité à agir, tandis que la légitimité est nécessairement accordée par un tiers et ne préjuge pas de l'efficacité de l'action. La seconde question est relative aux Croyances du professionnel sur la façon dont il convient de se comporter à l'occasion de l'exercice de son métier. En d'autres termes, il s'agit d'éthique profesionnelle. Il n'est pas nécessaire que celle-ci se prévale de hautes valeurs morales pour être une éthique. Il suffit qu'elle se manifeste par des comportements prédictibles. L'éthique, c'est la cohérence des actes et leur régularité au regard des but affichés. A contrario, une éthique qui ne se constaterait pas dans les faits ne serait au plus qu'un pâle recueil de bonnes intentions. La troisième question concerne le Contexte, c'est à dire qu'elle porte sur l'identification des environnements que le professionnel a observé être les plus favorables à sa réussite. Il 'agit de situations dont il a su tirer profit et en aucun cas de situations rêvées. C'est le registre des interractions concrètes entre l'individu et le groupe. Enfin, la quatrième question interroge le professionnel sur le futur et sa représentation des évolutions de son métier. Ce sont les Conjectures qu'il peut formuler sur les facteurs, exogènes ou endogènes à son métier, susceptibles de faire évoluer celui-ci, le transformer, voire le faire dsparaître.